Convoi de liberté « autoproclamée », pourquoi ce choix de mot dans nos journaux ?

Convoi de liberté "autoproclamée", pourquoi ce choix de mot dans nos journaux ?

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Tout ce que vous avez à faire est de regarder notre site ou d’écouter les nouvelles parlées ou de regarder les nouvelles pour l’avoir remarqué. Ces derniers jours, on a beaucoup parlé du « convoi de la liberté ». Et nous ne sommes pas les seuls. D’autres médias écrits et audiovisuels ont également rendu compte de la manifestation à Bruxelles. Et pour en parler, chacun avec ses propres mots.

►►► Cet article n’est pas un article informatif comme les autres : tout savoir sur la démarche Inside staff de la rédaction ici

« Convoi de la liberté » : chez nombre de nos confrères de la presse écrite, on note l’usage des guillemets, comme chez L’Avenir, Le Soir de La Libre ou Sudpresse. Cela dit, sur ces mêmes sites, on constate que certains articles utilisent ces guillemets et d’autres non.

Confoi dit « de liberté » : en ce qui concerne la presse audiovisuelle, un petit mot fait son apparition : « il dit », qui remplace en quelque sorte les guillemets dans l’oral. Choix entendu sur RTL dans son JT du 14 février à 19h. Et aussi à la VRT. Tout comme à la RTBF, qui utilise aussi une autre formule : convoi « liberté » autoproclamé.

Choix, et systématisme, qui ont fait réagir un auditeur, grâce à notre service de médiation :

Ce côté systématique m’amène à penser qu’il s’agit d’une consigne générale, dont le caractère abusif me paraît évident. Est-ce vraiment le rôle des médias d’information de juger une organisation, même en dehors des chroniques qui défendent clairement un point de vue ?

Parce que le choix des mots est important, nous vous expliquons celui adopté par notre rédaction.

On ne peut pas dire que ce convoi c’est la liberté

A la RTBF, il y a plusieurs directions et elles sont claires. Sur le web, l’usage des guillemets est recommandé et dans le discours deux phrases peuvent être utilisées : le soi-disant « convoi de la liberté » et l’autoproclamé « convoi de la liberté ». Ce guide émane du directeur de l’information Jean-Pierre Jacqmin : « Notre mission, c’est notre droit et notre devoir, par rapport à notre public, de dire quel est le point de vue, éventuellement de dire qui parle quand on le connaît et ainsi d’affirmer notre distance », explique-t-il. Le mot liberté a une attitude très positive. Nous ne pouvons pas, bien sûr, dire que ce convoi est la liberté. Ils se proclament, ils disent « convois de la liberté. Gilets jaunes aussi, etc. »

Pour Jean-Pierre Jacqmin, la question à se poser est qui parle, qui s’exprime. Ce sont les manifestants. Des exposants qui se donnent un nom, le « convoi de la liberté ». Selon Jean-Pierre Jacqmin, cela justifie l’usage du terme « auto-édition ». « La plupart du temps, nous avons des organisateurs. On peut dire : « le parti socialiste ou le mouvement réformateur appelle à une manifestation d’augmentations de salaires ». On sait d’où ça vient, qui parle et quel est le point de vue », note-t-il. Ici, ce sont des exposants qui ont des demandes parfois similaires, parfois variées. Ils se mobilisent autour d’une organisation qu’ils appellent « à la conquête de la liberté ». C’est pourquoi, selon Jean-Pierre Jacqmin, le terme autoédité est justifié.

Faut-il y voir un jugement de valeur de la part de la RTBF à la demande de l’auditeur qui nous a contactés ? Pour le directeur de l’information, « ce n’est pas un jugement. Ce n’est pas méprisable du tout ». Pour le directeur de l’information de la RTBF, il s’agit plutôt ici de « constater la distance et non de nier. Ils se prétendent « connaisseurs libertaires », dit-on aussi ». Pour lui, il s’agit aussi de se demander : « S’agit-il vraiment de demandes de liberté supplémentaires ou spécifiques ?

Lire aussi : La soi-disant « conquête de la liberté » est moins liée aux allégations de santé qu’aux « conditions de vie des gens »

Derrière un nom, un discours

Derrière un nom, un discours

« Name prend position », explique Laura Calabrese, à qui nous avons présenté cette sélection de notre rédaction. Lire aussi : PODCAST. Écoutez les articles de Sciences et Avenir. Elle est professeure d’analyse du discours à l’ULB et présidente du Centre de recherche sur l’information et la communication (ReSIC).

Pour elle, le terme choisi par les exposants est bien « l’auto-nomination », mais pas l’auto-nomination en soi qui justifie une prise de distance journalistique. C’est plutôt la forme de l’auto-nomination, le fait de se référer à un discours sous-jacent, plus ou moins neutre ou consensuel. « La position adoptée dans cette dénomination est très claire. Le nom du mouvement comprend un débat qui s’inscrit dans un discours que nous connaissons très bien. C’est un discours selon lequel les opposants aux mesures restrictives en raison de la pandémie invoquent arbitrairement le gouvernement. restreint la liberté en abusant du pouvoir. Ce même discours comporte parfois de très grands excès comme comparer les gouvernements européens à des dictatures ou même au nazisme. Laura Calabrese note toutefois que ce n’est pas parce que des citoyens s’impliquent dans ces manifestations qu’ils sont forcément d’accord avec tous les discours.

Le nom du mouvement comprend un discours qui fait partie d’un discours

La particularité ici, dit-elle, c’est que le terme « convoi de la liberté », « une dénomination déjà litigieuse. Donc, réutiliser ce nom, c’est aussi prendre position. Lorsque la RTBF décide de ne pas utiliser ce terme, en tant que média, elle défend sa ligne éditoriale. On ne peut pas prétendre que, face à des dénominations controversées, une entreprise de service public censée représenter tous les points de vue puisse être neutre. Le but d’une entreprise publique est, et ils le font, de représenter les différentes voix. Ils ont donné la parole aux exposants. Mais ils donnent de la voix en encadrant le discours ». En d’autres termes, la neutralité qui résulterait de ne pas sortir de cette dénomination nous amènerait en fait à prendre position, comme si l’écriture adhérait au discours sous-jacent, nous conduisant ainsi à l’an-neutralité.

Laura Calabrese note que « ce n’est pas la première fois que des journalistes font cela. À l’époque de l’État islamique, certains médias ont utilisé le mot DAESH pour ignorer « l’État islamique » autoproclamé. C’était aussi une dénomination controversée ».

A cette époque, la RTBF s’est également imposée sur le terme « Etat islamique » et a choisi de parler de « groupe terroriste – Etat islamique ». A l’époque, Jean-Pierre Jacqmin justifiait ce choix par le fait « qu’il n’y a pas d’Etat et à proprement parler ; il faut aussi éviter toute confusion avec tout Etat qui se revendique de l’islam et on est face à une opération terroriste menée par un groupe , même si très important « .

En revanche, ni la RTBF ni les autres médias ne mentionnent une organisation « autoproclamée » des Missions Jaunes. Pour le professeur, c’est une question qui ne s’est pas posée aux médias de la même manière car ce terme est descriptif, il n’est pas en soi polémique – son utilisation n’a eu aucune implication pour les journalistes qui ne l’ont pas fait. devoir se poser les mêmes questions.

Ce n’est pas aux médias d’être d’accord avec les gens. Trouver leurs médias est une affaire de personnes

Plus encore, selon Laura Calabrese, il existe une certaine confusion dans l’esprit d’une partie du public quant à l’idée d’une ligne éditoriale. « Nous vivons à une époque où les gens ont perdu l’idée d’une ligne éditoriale. Une époque où l’on a l’impression que les médias doivent plaire à tout le monde. En fait non. Chaque média a un public. Cela ne signifie pas qu’on ne peut pas lire plusieurs médias pour plus d’informations. Ce que nous demandons aux médias, c’est de prendre position et d’être d’accord avec moi. Ceci, à un moment où les gens demandent des informations sur mesure. Et ils l’ont fait : ils ont l’habitude de se renseigner sur les réseaux sociaux, dans leur bulle de filtres. Ce n’est pas aux médias d’être d’accord avec les gens. Trouver leurs médias est une affaire de personnes. »

Notre rédaction a aussi sa propre ligne éditoriale, comme l’explique Jean-Pierre Jacqmin, le directeur de l’information. « Nous n’échangeons pas d’informations. Nous choisissons des informations et nous décidons de les diffuser parce qu’elles sont d’intérêt général et d’intérêt public. » Voilà pour le canevas, sur Inside, on essaie sans cesse d’expliquer des choix éditoriaux précis, comme celui-ci sur le choix des mots, pour permettre à chacun de se connaître et de se faire sa propre opinion.

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Une distance à deux vitesses ?

Voilà pour les choix faits pour désigner le « convoi de la liberté » mais alors pourquoi pas dans d’autres cas ? C’est aussi la question que nous pose l’auditeur qui nous a contactés. A voir aussi : Formation : Rédaction Web, Rédaction UX | Formations de grenier. « On peut se demander si la RTBF parlera aussi systématiquement d’une manifestation ‘autoproclamée à vie’ lors du prochain rassemblement contre le droit à l’avortement ». Et elle continue avec d’autres exemples, comme celui-ci :

Ne faut-il pas parler, dans le même esprit, de « parti socialiste autoproclamé » (après tout, son socialisme est parfois mis en doute) ?

Pour Laura Calabrese, dans ce cas, les termes « socialiste » ou « vert » n’ont pas besoin d’être encadrés. « Ces dénominations ne font pas polémique pour le moment », estime-t-elle. « En ce moment, il y a un clivage très fort entre ceux qui pensent que les intérêts communs doivent primer et ceux qui pensent que les droits individuels doivent primer. Et cette dénomination de « socialiste », actuellement en l’histoire, ne porte pas de clivage. Il y a des dénominations qui sont consensuelles et il y en a d’autres porteuses de fissures très fortes ».

Et dans le cas d’une manifestation « pour la vie », la RTBF choisit alors de parler des manifestants contre l’avortement.

Autre exemple, les manifestations « Ensemble pour la liberté » qui se sont déroulées à de nombreuses reprises dans les rues de la capitale pour lesquelles nous n’avons pas utilisé le terme « auto-édition ». « Il y a eu des appels clairs contre le ticket sanitaire et donc dans ce cas, on n’a pas vraiment dit la manifestation pour la liberté mais plutôt une manifestation contre les mesures sanitaires », explique Jean-Pierre Jacqmin. A noter que les deux dénominations ont coexisté. Dans le cas du « convoi de la liberté », les exigences semblaient couvrir un domaine plus large que les mesures sanitaires (en France notamment), ce qui rendait peut-être moins approprié de l’appeler « convoi versus mesures sanitaires ».

Voilà pour la façon de faire à la RTBF, mais qu’en est-il de l’autre côté de l’Atlantique ? Au Canada et plus précisément à Ottawa, où les manifestants du « convoi de la liberté » sont en centre-ville depuis quelques jours, comment s’appelle ce mouvement ?

« On nous a donné des consignes assez strictes et rapides », explique Fiona Collienne. Elle est journaliste pigiste pour les médias publics de Radio-Canada à Ottawa. Elle réalise également des reportages pour la RTBF. « Nous n’utilisons presque jamais le terme « convoi de la liberté » dans nos textes. Nous restons assez neutres dans les termes que nous utilisons. On parle plus de convoyage de camionneurs, de manifestants. Si nous utilisons le terme « convoi de la liberté », nous l’encadrons. Nous l’avons dit dans leurs mots, mais jamais en nous désignant comme un « conquérant de la liberté » autoproclamé ou un « conquérant de la liberté ».

En Europe, on n’hésite pas à utiliser le terme « convoi de la liberté ». Pendant qu’ici, nous pourrions prendre plus de tweeters

Il appartient donc à la rédaction de Radio-Canada d’utiliser les termes les plus neutres possibles, à savoir : exposants, camionneurs, etc. . « C’est intéressant de voir comment les médias traitent le mouvement en Europe. En Europe, on n’hésite pas à utiliser le terme « convoi de la liberté ». J’ai l’impression que plus on s’éloigne de lui, plus on utilise ce terme. Alors qu’ici, on pourrait prendre plus de tweeters ». Prévenant qu’il est lié au fait que le mouvement était plus récent en Europe et que les médias étaient donc dans les premiers instants de couverture du phénomène. Du coup, les médias européens sont aussi au début de leur réflexion sur les termes à utiliser.

►►► Cet article n’est pas un article d’actualité comme les autres… Sur la page INSIDE de la rédaction, les journalistes de l’information quotidienne prennent les devants – et il y a quelques temps déjà – pour vous dévoiler les coulisses de la profession, répondre à vos questions et réfléchir avec vous sur leur pratique. Plus d’infos ici. Et pour vos questions sur notre traitement de l’information : c’est ici.

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